Théâtre  |  1h00  |  Catégorie découverte

Journal d’un fou

Spectacle hors-les-murs chez l'habitant

Compagnie Le P’tit Bastringue (Allier) d’après Gogol avec Michel Durantin Aide à la mise en scène, décor et costume Véronique Durantin crédit photographique M. Dubost

Le héros de cette nouvelle de Nicolas Gogol (1809-1852) est un petit fonctionnaire russe malmené par son supérieur et amoureux sans retour de sentiment de la fille du Haut-Directeur. Il va petit à petit basculer dans une folie dévastatrice, perdant pied avec la réalité. Par ce texte poignant présenté sous la forme d’un journal intime, le comédien livre une interprétation incarnée.

Trois hôtes ouvriront leur maison à des amis, des voisins, des cousins pour participer à une belle partition théâtrale et découvrir la saison culturelle du théâtre Maurice Sand autour d’un verre aux côtés de l’artiste.
Une représentation est proposée par la Maison de George Sand à Nohant le jeudi 4 octobre à 20h30 sur réservation au 02.54.31.06.04

Extraits

« Lisons encore une de ces lettres. Peut-être tout cela va-t-il s’éclairer de soi-même. « Ma chère Fidèle, Tu m’excuseras d’être restée si longtemps sans t’écrire. J’ai vécu dans une parfaite ivresse. C’est avec raison qu’un écrivain a dit que l’amour était une seconde vie. Et puis, il y a maintenant de grands changements chez nous. Le gentilhomme vient nous voir tous les jours. Sophie l’aime à la folie. Papa est très gai. J’ai même entendu dire à notre Grégoire, qui parle presque toujours tout seul en balayant les parquets, que le mariage aurait lieu bientôt, car Papa veut absolument voir Sophie mariée soit à un général, soit à un gentilhomme, soit à un colonel… » Malédiction ! Je ne peux pas en lire davantage… C’est toujours un gentilhomme ou un général. Tout ce qu’il y a de meilleur au monde échoit toujours aux gentilshommes ou aux généraux. On se procure une modeste aisance, on croit l’atteindre, et un gentilhomme ou un général vous l’arrache sous le nez. Nom d’un chien !! Comme c’est vexant ! J’ai déchiré en petits morceaux les lettres de cette chienne stupide ! »

« An 3000. 43e jour d’avril. Aujourd’hui est un jour de grande solennité ! L’Espagne a un roi. On l’a trouvé. Ce roi, c’est moi. Ce n’est qu’aujourd’hui que je l’ai appris. J’avoue que j’ai été brusquement comme inondé de lumière. Je ne comprends pas comment j’ai pu penser, m’imaginer que j’étais conseiller titulaire. Comment cette pensée extravagante a-t-elle pu pénétrer dans mon cerveau ? Il est encore heureux que personne n’ait songé alors à me faire enfermer dans une maison de santé. Maintenant, tout m’est révélé. Maintenant, tout est clair… Avant, je ne comprenais pas, avant, tout était devant moi dans une espèce de brouillard. Tout ceci vient, je crois, de ce que les gens se figurent que le cerveau de l’homme est logé dans son crâne ; pas du tout : il est apporté par un vent qui souffle de la mer Caspienne. »

Qui est Gogol ?
Nicolas Gogol naît en 1809 dans une famille d’origine ukrainienne anciennement anoblie.
En 1854 il est nommé professeur-adjoint d’histoire à l’Université. Les premières Nouvelles de Pétersbourg – La Perspective Nevsky, Le Portrait et Le Journal d’un fou – paraissent en 1835.
Il quitte l’Université. Il achève Le Revizor, une comédie écrite sur une idée de Pouchkine. Le tsar autorise la pièce sans attendre le visa de censure. Elle obtient un grand succès en 1836. Nicolas Ier s’exclame :  » Tout le monde en a pris pour son grade, moi le premier.  »
À Vienne, en 1840, il écrit Le Manteau, avant de souffrir d’une grave dépression. De l’automne 1840 à l’été 1841, il est à Venise puis à Rome ; il révise Les Ames mortes et Le Revizor, et verse dans le mysticisme. À la fin de 1841, Les Ames mortes est interdit par la censure. Le roman sera pourtant publié en mai 1842, après corrections et suppressions.
Il redouble de pratiques pieuses, fait arrêter les représentations du Revizor, mais publie des  » passages choisis  » de sa correspondance. La réfection des Ames mortes s’achève. Gogol reçoit la visite de Tourgueniev, qui le jugeait génial et  » un peu timbré « . Son état nerveux s’aggrave. Il refuse toute nourriture. Il meurt le 21 février 1852.
Dostoïevski dira de Gogol : « nous sommes tous sortis du Manteau de Gogol ».

http://www.theatrelebastringue.fr